Comment décarboner la société française ?

Ces dernières décennies, la communauté scientifique internationale a établi de façon consensuelle que la Terre était entrée dans une période de réchauffement climatique, et que les gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines et accumulés dans l’atmosphère en constituaient un facteur déterminant.

Les conséquences de ce réchauffement climatique sont délétères pour les populations à l’échelle mondiale. Voir les rapports du GIEC, de l’ONU et de l’AIE. Dans ce cadre, la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050 avec des objectifs intermédiaires de réduction des gaz à effet de serre (GES) cohérents avec ceux adoptés au niveau de l’Europe (pour 2030 : -55% par rapport à 1990). Le dioxyde de carbone (CO2) représente près des 3/4 des GES en France. Ces émissions de CO2 proviennent majoritairement des secteurs résidentiels et tertiaires (chauffage), des transports et de l’industrie. Contrairement à beaucoup de pays, la France émet peu de CO2 pour sa production d’électricité grâce aux ENR (dont l’hydraulique) et aux centrales nucléaires. Pour autant, l’important sera de maintenir le caractère faiblement émetteur du système électrique lors de sa nécessaire évolution.

Ce document détaille ci-dessous les pistes concrètes pour massivement décarboner les 3 principaux secteurs émettant du dioxyde de carbone en France afin de réduire le réchauffement climatique, et laisser une planète la plus saine possible aux générations futures.

1/ Décarboner le secteur du logement (résidentiel et tertiaire) :

Sobriété : mieux isoler les logements en massifiant la rénovation énergétique des constructions anciennes. Favoriser la rénovation intégrale plutôt que les actes isolés, pour cela, investir dans la formation des artisans (car une rénovation intégrale nécessite un savoir-faire plus complet qu’un « simple » changement de fenêtres). Systématiser l’installation de pompes à chaleur dans les logements individuels. Concernant les constructions neuves, réduire le nombre de maisons individuelles, plus énergivores que les logements collectifs. Favoriser la rénovation (au sens large) du parc de logements existant, afin de lutter au passage contre l’artificialisation des sols.

Réduire les énergies fossiles :

La RT 2020 (qui entrera en vigueur au 01/01/2022) permettra d’:

  • acter la fin de l’installation des chaudières gaz en maison neuve.
  • acter la fin prévisionnelle de l’installation des chaudières gaz dans les nouveaux bâtiments collectifs, au 31/12/2023(permis de construire délivré avant cette date et si une desserte en gaz a été délivrée).

Avec l’interdiction des chaudières au fioul domestique, cela permettra le déploiement massif de modes de chauffage décarbonés, comme les pompes à chaleur par exemple. En accord avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE), aucune nouvelle chaudière à combustible fossile ne devrait être commercialisée à partir de 2025, si le monde veut parvenir à l’objectif « zéro émission » d’ici 2050. Il faudrait donc plafonner la vente de nouvelles chaudières gaz (voire les interdire) au 01/01/2025 dans les logements existants.

2/ Décarboner la mobilité :

Sobriété : privilégier la mobilité douce (trajet à pied, vélo, …) pour les courtes distances, et l’utilisation des transports en commun lorsque cela est possible. Favoriser le co-voiturage pour améliorer le taux de remplissage des voitures.

Réduire les énergies fossiles : Il faut massivement basculer la flotte des véhicules légers (voitures et utilitaires) vers l’électrique d’ici 2040. La France a décidé de ne plus commercialiser de véhicules neufs avec moteur thermique d’ici 2035, ce qui va dans le bon sens. Concernant la mobilité lourde (camions, trains diesel sur les lignes ferroviaires non électrifiées), l’utilisation d’hydrogène décarboné semble une bonne solution. Il faudrait interdire de même la commercialisation de trains diesel et camions avec moteur thermique entre 2035 et 2040.

En parallèle, il faut développer très fortement le ferroutage et le report vers la voie fluviale.

Pour aller plus loin sur la mobilité, il faut anticiper le développement d’un réseau de bornes électriques et d’un réseau de stations à hydrogène décarboné puisque les 2 types de motorisation cohabiteront.

Il est possible aussi dans la phase transitoire avec véhicules à moteur thermique ou à moteur électrique/hydrogène, d’avoir une percée des biocarburants à la place de l’essence et du diesel. Concernant les biocarburants, selon la loi de finances de 2019, les objectifs d’incorporation sont : 8,2 % pour l’essence en 2020 et 8 % côté diesel. Il faudrait selon la réglementation européenne RED II, augmenter les taux d’incorporation et arrêter l’utilisation de l’huile de palme dans le biodiesel. L’avenir est aux biocarburants de 2e génération et 3e génération.

3/ Décarboner l’industrie :

Sobriété : avec l’augmentation du coût de l’énergie, les industriels sont naturellement incités à optimiser leur process pour moins consommer d’énergie.

Réduire les énergies fossiles dans la production d’hydrogène : La France consomme environ 900 000 tonnes d’hydrogène par an. Plus de 90% de cet hydrogène est produit à partir d’un combustible fossile : le gaz naturel. Il faut amplifier les annonces du plan hydrogène pour basculer une grande partie de la production à partir d’électrolyse de l’eau. Le plan prévoit 6,5 GW d’électrolyseurs installés en France en 2030. En fonctionnant en continu, cela représente environ (hypothèse 50kW/h pour 1 kg H2) 130 000 tonnes d’hydrogène décarboné par an. Il faudrait donc tripler le nombre d’électrolyseurs installés en France pour 2040 afin d’atteindre 20 GW, et donc 400 000 tonnes d’hydrogène décarboné par an.

Réduire les énergies fossiles dans des secteurs comme la sidérurgie ou la production de ciment :

Il faudrait appuyer les industriels pour réduire leurs émissions de GES :

  • par exemple, concernant la sidérurgie, augmenter le taux de recyclage des ferrailles, aider financièrement le développement de démonstrateurs industriels captant le CO2 dans les fumées,… L’objectif est de développer une filière moins carbonée sur notre sol, et non de délocaliser notre industrie hors UE, ce qui délocalise l’émission des GES et participe à l’augmentation du taux de chômage dans les territoires ;
  • par exemple, concernant la production de ciment, aider également financièrement le développement de démonstrateurs industriels captant le CO2 dans les fumées.

Pour aller plus loin, le CO2 capté dans les fumées peut servir à la production de méthane de synthèse ou de méthanol, en l’associant à de l’H2 décarboné.

Maintenir un mix électrique bas carbone tout en augmentant la production :

L’électrification nécessaire du chauffage, de la mobilité, de certains process industriels va entraîner une augmentation de la consommation électrique (même en prenant en compte les actions de sobriété). En considérant une augmentation au maximum de 35% d’ici 2050 (selon les estimations de la CRE), cela implique une production annuelle nécessaire entre 550 et 640 TWh environ. Cette fourchette est compatible par exemple avec le 3e scénario du document ADEME de transitions pour 2050. La France doit garder une production électrique basée sur un mix nucléaire – renouvelables afin de ne quasi pas émettre de GES pour la production électrique. Tout l’enjeu est de piloter une trajectoire de baisse de la part du nucléaire dans le mix (50% en 2035) et de remplacement des réacteurs les plus anciens lorsque nécessaire sans augmenter nos émissions de GES ni fragiliser la sécurité d’approvisionnement électrique de nos concitoyens. Il est possible de développer fortement les ENR, en systématisant l’installation de panneaux PV sur les toits des bâtiments publics et des entreprises, ou encore sur d’anciennes friches industrielles. La législation pour les particuliers pourrait être revue afin d’augmenter la puissance des installations de panneaux PV autorisées, trop basse actuellement.

Favoriser le biométhane dans nos réseaux de gaz : L’ADEME a estimé un potentiel de production de biométhane de 70 TWh par an en 2030. Il faut favoriser l’implantation des méthaniseurs près des grandes exploitations agricoles et favoriser l’injection de ce biométhane dans les réseaux de gaz en substitution du gaz naturel fossile.

Rédacteurs : Benoit DUBOIS, Patrice LABOUREY

Contributeur : Ludovic BRIAND, Frédéric MAILHOS

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