Pour un modèle d’agriculture respectueux du vivant : Sortir des pesticides, et réduire les intrants de synthèse

Les pesticides, en particulier issus de la chimie, sont un danger immédiat pour le vivant et destructeur de la biodiversité. A ce titre il fragilise le futur de l’agriculture durable. Les populations d’insectes de tous types sont en voie d’effondrement rapide, déstabilisant toute la chaîne alimentaire et mettant en danger des pans entiers du monde végétal, dont certains essentiels pour notre alimentation. La disparition des insectes pollinisateurs, en premier lieu les abeilles sauvages et domestiques, est en particulier une source d’inquiétude immédiate (1). D’autres effets moins évidents mais tout aussi directs et graves commencent à être documentés, tels que l’appauvrissement des stocks de poissons dans les régions agricoles (2) par l’effet négatif des pesticides sur les milieux aquatiques.

En plus d’un impact dramatique sur la biodiversité, la production de ces intrants chimiques (pesticides et engrais de synthèse) nécessite pour leur fabrication des quantités de pétrole importantes ce qui conduit à émettre des volumes très significatifs de gaz à effet de serre : 13% des émissions de l’agriculture, qui au niveau mondial représente un quart des émissions de GES globales (3). Les émissions liées à la fabrication des fertilisants et pesticides sont donc équivalentes à celles de l’ensemble du transport aérien ou du transport maritime, qui sont pourtant l’objet de beaucoup plus d’attentions de la part des médias et des ONG.

Enfin, l’utilisation excessive des intrants chimiques appauvrit les sols en réduisant (ou détruisant) la vie biologique du sol, dégradant leur capacité à résister à l’érosion et à stocker du carbone. A terme, l’appauvrissement et l’érosion des sols peut conduire localement à un effondrement des rendements agricoles, et globalement la réduction du stockage du carbone dans les sols nous prive d’un puit de carbone au potentiel très significatif. Sur ce sujet, l’excellente initiative « 4 pour 1000 » semble sinon abandonnée, du moins un peu passée au second plan (4).

Mais ces impératifs environnementaux ne peuvent être traités efficacement que si l’on prend en compte la situation économique très particulière du secteur agricole. Il est caractérisé par de très grandes inégalités, avec un grand nombre d’exploitation très peu rentables et un taux de pauvreté probablement inégalé dans le reste de l’économie, une très faible capacité à investir (et donc à changer de structures de production) et une pyramide des âges très défavorable (un grand nombre d’exploitant devant prendre leur retraite dans les 10 ans à venir, sans solution de reprise de leurs exploitations). L’évolution nécessaire de ce secteur vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement doit donc être accompagnée financièrement mais également par un soutien en information et en formation.

Isabelle Autissier, Présidente du WWF France a très bien résumé la situation du secteur agricole en une formule : « l’agriculture est à la fois une cause, une victime et une solution au réchauffement climatique ».

Dernier élément de contexte essentiel : l’Europe. L’an dernier la Commission a initié une évaluation de la directive de 2009 instaurant un cadre communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable, et une analyse d’impact de sa révision éventuelle. Cette directive, considérée comme un outil essentiel pour atteindre les objectifs définis dans la stratégie pour la biodiversité, souffre selon un rapport de la Cour des Comptes Européenne publié en février, de faiblesses de mise en œuvre jetant des doutes sérieux sur l’atteinte des objectifs fixés (réduire de 50 % l’utilisation des pesticides chimiques d’ici 2030). En particulier, moins d’un tiers des États membres ont achevé la révision de leur plan d’action dans le délai de cinq ans initialement prévu. Cette directive est donc en cours de révision dans le cadre de la nouvelle stratégie de la Commission, dite « De la ferme à la fourchette » (6).

Partant de ces constats, nous devons stopper cette spirale dangereuse, tout en laissant aux agriculteurs le temps de s’adapter. Les propositions ci-dessous se concentrent sur la question des pesticides, en laissant volontairement celle des engrais chimiques pour une autre occasion. Il s’agit ici de contribuer à un débat déjà largement ouvert, mais qui ne progressera réellement que si les solutions sont définies en procédant à une très large consultation de l’ensemble des acteurs et à la condition de partager au préalable à la fois le constat de départ et l’objectif final. Sur le plan environnemental, les Etats Généraux de l’Alimentation sont restés une œuvre inachevée.

Nous proposons de le faire en deux temps :

– Tout d’abord par une phase incitative, privilégiant le « signal prix » en généralisant le mécanisme des Certificats d’Economie de Produits Phytosanitaires (CEPP) (5). Cette première phase démarrerait immédiatement et durerait 4 ans, donc de 2022 à 2026.

– Dans une seconde phase, de 2026 à 2030, les produits les plus toxiques seraient progressivement interdits. Nous n’avons pas légiféré sur le glyphosate : faisons-le ! Le label HVE (Haute Valeur Environnemental) est au centre d’une polémique sur son efficacité véritable, revoyons ses critères afin qu’il devienne une étape de transition significative et indiscutable entre agriculture « traditionnelle » et Bio.

Les volumes des autres produits disponibles à la vente seraient contingentés, avec des quotas dégressifs.

En 2030, tous les pesticides seraient interdits à la vente et à l’utilisation en France. Avec une question qui ne peut être laissée sans réponse préalable : faut-il prévoir des clauses de sauvegarde, d’urgence, permettant des exceptions très temporaires et locales en cas de maladie ou de parasites affectant ponctuellement une culture ou une espèce ? Quelles concessions au principe de réalité ? Evitons de revivre l’épisode de la betterave et des néonicotinoïdes, essayons d’anticiper les problèmes et de préparer des solutions consensuelles.

– En parallèle, et afin de compenser et d’amortir l’impact économique, l’affichage environnemental des produits serait renforcé (incitant les consommateurs à acheter les produits les moins traités) et les producteurs seraient aidés afin de rétablir l’équité au sein de l’UE.

Les subventions pour le passage en Bio seraient augmentées et leur paiement serait accéléré, notamment pendant la période de transition pendant laquelle l’exploitant n’utilise plus les intrants chimiques de l’agriculture traditionnelle mais n’a pas encore le label Bio. Le jalon de 2026 et la date finale de 2030 doivent être annoncés dès le début et inscrits dans la loi afin de donner une perspective claire aux agriculteurs. Les secteurs où les transitions sont les plus difficiles seront aidés en particulier, afin d’éviter les problèmes tels que celui de la betterave en 2020, nécessitant l’autorisation temporaire des néonicotinoïdes. L’INRAE sera mis à contribution afin de rendre un rapport dès fin 2022 identifiant les secteurs les plus problématiques.

Cette démarche spécifique sur les pesticides et produits phytosanitaires ne doit pas faire oublier un certain nombre d’actions tout aussi essentielles et complémentaires, en particulier la nécessité de conditionner l’ensemble des aides au secteur (PAC notamment) à l’adoption d’un modèle d’agriculture durable et respectueux de l’environnement. La mise en place d’un système de taxation environnemental aux frontières l’UE, pendant agricole du projet de  taxe carbone est également une priorité, afin de réduire les distorsions de concurrence vis-à-vis de pays moins exigeants sur les critères environnementaux.

Pour soutenir la cause « Sortir progressivement mais définitivement des pesticides », suivez ce lien : https://pourunecause.fr/cause/sortir-progressivement-mais-definitivement-des-pesticides

Par Frédéric M, porteur de cause, avec les conseils éclairés de Vincent T.

Références :

(1) https://www.greenpeace.fr/abeilles-danger-fleau-aux-causes-multiples-aux-consequences-catastrophiques/

(2) https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/Le-declin-insectes-pollinisateurs-suscite-linquietude-2019-09-25-1201049797

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/31/les-poissons-sont-aussi-victimes-des-insecticides-tueurs-d-abeilles_6017630_3244.html

(3) https://reporterre.net/Climat-l-agriculture-est-la-source

(4) https://agriculture.gouv.fr/4-pour-1000-et-si-la-solution-climat-passait-par-les-sols-0

(5) https://www.actu-environnement.com/ae/reglementation/directive_europeenne_du_21_10_2009_2009_128_ce.php4

(6) https://www.actu-environnement.com/ae/news/etiquette-strategie-ferme-fourchette-commission-europeenne-35520.php4

(7) https://agriculture.gouv.fr/questionsreponses-le-dispositif-des-certificats-deconomie-de-produits-phytopharmaceutiques-cepp

 

2 réflexions sur “Pour un modèle d’agriculture respectueux du vivant : Sortir des pesticides, et réduire les intrants de synthèse”

  1. Bernard Garrigues

    Bonjour
    Dans un premier temps , je vais m’exprimer sur le glyphosate et ensuite sur le roundup

    La vérité scientifique sur le glyphosate

    En 2012, une étude menée par Gilles-Éric Séralini avait trouvé un excès de tumeurs chez des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié. Six ans plus tard, une étude plus rigoureuse invalide ces résultats inquiétants.
    Quatre ans après son lancement, un projet de recherche européen visant à évaluer les risques pour la santé d’un type de maïs génétiquement modifié – le projet « G-TwYST » – vient de livrer ses conclusions dans une revue scientifique :
    Toxicological Sciences, Volume 168, Issue 2, April 2019, Pages 315 – 338
    ,https://doi.org/10.1093/toxsci/kfy298
    « Aucun risque potentiel pour les humains et les animaux n’a été identifié. »

    Tout commence en juillet 2012, lorsque la Commission européenne décide de mettre 15 millions d’euros sur la table pour évaluer l’intérêt de demander aux producteurs d’OGM la réalisation d’essais de 90 jours chez les rongeurs pour pouvoir obtenir une autorisation de commercialisation. Un premier projet, nommé « Grace » est lancé dans la foulée pour évaluer l’impact sanitaire chez des rats d’une alimentation 05/07/2018 2/3 à base de maïs MON810, une semence modifiée pour pouvoir résister aux insectes. Plusieurs dizaines de partenaires académiques de toute l’Union européenne sont impliqués. Quelques mois plus tard, en septembre 2012, la publication dans la revue Food and Chemical Toxicology d’une étude dirigée par Gilles-Éric Séralini fait grand bruit dans la communauté scientifique. Le professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen vient de montrer que des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié ont développé des tumeurs. L’affaire est très vite relayée par Le Nouvel Observateur dans un numéro intitulé « Oui, les OGM sont des poisons ! – Les révélations d’une étude de scientifiques français »). Même si ces résultats seront par la suite invalidés par l’ensemble de la communauté scientifique en raison d’importants impairs méthodologiques, c’est un véritable coup de massue pour l’opinion publique, dans un contexte où les OGM sont déjà très critiqués. L’étude de Séralini comportait au moins deux problèmes majeurs centre de recherche sur la toxicité des D’une part il a réalisé ses expériences sur un nombre trop réduit de rats (seulement 10 par groupe testé, D’autre part, il a utilisé une lignée de rats connue pour développer naturellement beaucoup de tumeurs. Plus de la moitié des animaux de cette espèce ont un cancer avant leur deuxième année.

    Même contestée, l’étude de Séralini a tout de même lancé un débat. Une nouvelle étude, cette fois menée dans les règles de l’art, est alors nécessaire pour y voir plus clair, même si de nombreuses expériences dédouanant les OGM avaient déjà été réalisées. De là est né le projet « G-TwYST » (pour « Genetically modified plants two year safety testing ») en 2014. L’affaire a été mise entre les mains de 11 scientifiques européens qui, avant toute chose, ont eu à prouver leur bonne foi. Leurs déclarations de liens d’intérêts, consultables sur Internet, montrent qu’ils en sont tous exempts, sauf l’un des scientifiques, qui a déclaré détenir une dizaine de parts d’un fonds d’investissement dédié aux biotechnologies. Passée cette première étape, les chercheurs se sont mis à leurs paillasses. Plusieurs études ont été menées de front, toutes chez des rats. Certains animaux ont été nourris avec du maïs génétiquement modifié de type NK603 (conçu pour résister au glyphosate, un herbicide),
    d’autres avec le même maïs OGM traité avec du glyphosate et, enfin, un groupe « contrôle » a reçu du maïs non modifié. Ce maïs NK603 est le même que celui utilisé par le Pr Séralini lors de son expérience de 2012. Après trois mois à ce régime, rythmés par de nombreuses prises de sang et analyses d’urine, les animaux ont finalement été euthanasiés, puis examinés dans les moindres détails. Et les 05/07/2018 les résultats n’ont rien à voir avec ceux retrouvés par l’équipe de Séralini six ans plus tôt. « Il n’y a pas eu d’effets indésirables liés à l’administration de maïs OGM NK603 cultivé avec ou sans Roundup », écrivent les auteurs. Et ils ne se sont pas arrêtés là. En parallèle, ils ont mené une autre étude sur deux ans, comme l’avait fait le Pr Séralini. Contrairement à ce dernier, ils ne se sont pas contentés de 10 animaux par groupe, comme l’avait fait le biologiste, mais de 100. Et là encore, ils n’ont rien trouvé. Pas plus de tumeurs que dans le groupe nourri au maïs non modifié.

    Le roundup est’ il cancérigène ?

    Je n’aurais pas su répondre .
    En fait il faut savoir que si on vaporise du glyphosate sur une plante cela n’aura aucun effet .
    il faut ajouter un tensioactif pour que le produit pénètre jusqu’aux racines .
    Avant qu’il ne soit interdit en France , il y avait 18 sortes de Roundup , et plus de 400 dans le monde .
    Il est tout à fait envisageable que certains tensioactifs soient cancérigènes .
    J’ai simplement un exemple , qui ne peut en aucun cas être une preuve scientifique .
    Dans une commune de l’Aude , un viticulteur qui allait acheter en Espagne le roundup , 15 jours après le traitement tous les lièvres étaient morts .

  2. Bernard Garrigues

    L’imidaclopride est un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, insecticides les plus utilisés dans le monde, et massivement employés en agriculture depuis le début des années 1990 (et depuis 1994 en France4). Présent dans de nombreuses formulations, l’imidaclopride est la substance active du Gaucho pour traiter les céréales,.

    Ce qui suit me fait sourire :

    Cette molécule n’est interdite en France que pour l’agriculture, depuis le 1er septembre 2018
    .
    En revanche, l’imidaclopride est toujours en vente pour les animaux de compagnie, à des doses élevées, et je peux l’utiliser pour mon chien

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